Budget 2025 : Le Rassemblement national réduit au rôle de figurant
L’édito politique Renaud Dély
Avec la commission mixte paritaire (CMP) convoquée jeudi 30 janvier, c’est une semaine qui s’annonce décisive pour le budget, sur fond de menace de censure du gouvernement. Et le Rassemblement national ne pèse pas sur les négociations. Le voilà réduit au rôle de figurant, et même de spectateur. Le groupe RN hausse le ton et laisse entendre qu’il pourrait voter la motion que déposerons les insoumis si François Bayrou enclenche, comme c’est probable, le 49-3 sur le budget, mais plus personne ne l’écoute. Surtout pas le Premier ministre engagé dans un processus de discussion avec les socialistes. Marine Le Pen est en panne de stratégie depuis qu’elle a fait chuter le gouvernement Barnier début décembre. Après avoir fait chanter l’ex-Premier ministre et obtenu de nombreuses concessions, notamment sur les taxes sur l’électricité ou le déremboursement des médicaments, elle avait refusé d’empocher sa mise et préféré voter la censure. Un peu comme un joueur de poker qui fait tapis et… qui perd tout. Car elle a renversé la table, en l’occurrence le gouvernement, certes, mais elle est sortie du jeu des négociations. François Bayrou a compris qu’elle ne peut plus être considérée comme un interlocuteur fiable. Les socialistes lui ont donc piqué la place. Et en refusant de voter la censure après le discours de politique générale de François Bayrou, eux ont voulu montrer à leurs électeurs qu’il était possible d’arracher des concessions significatives au gouvernement. Un pouvoir d’influence qu’ils pourraient exercer de nouveau cette semaine sur le budget. La marginalisation du RN tient donc à une réalité arithmétique incontournable à l’Assemblée : si le bloc central, LR et le PS accouchent d’un compromis, le parti d’extrême droite ne sert plus à rien. Moins de moyens de pression Marine Le Pen espère sortir de cette impasse en misant sur l’incapacité des partis de l’arc républicain à s’entendre, et donc sur l’échec de François Bayrou. En attendant la voilà contrainte de ronger son frein. Au risque que le poids croissant de Bruno Retailleau ne sème un peu plus le trouble parmi ses soutiens. On l’a vu ce week-end quand l’eurodéputé RN, Fabrice Leggeri, ancien patron de l’agence Frontex, a jugé que la nouvelle circulaire Retaillau qui durcit les conditions de régularisations des sans-papiers va dans le bon sens. Marine Le Pen n’est sortie, dimanche 26 janvier, de sa brève cure de silence, à Hénin-Beaumont, son fief électoral, que pour… moquer la proposition de loi sur les réparations d’ascenseur adoptée à l’Assemblée à l’initiative des socialistes. Loin de cette grande politique dont elle rêve, dit-elle, mais sur laquelle elle n’a, pour l’heure, aucune prise.