Bastion 36 : un drame criminel français qui manque de punch
La série policière française Bastion 36, ou Squad 36 selon l’endroit où vous vous connectez sur Netflix, démarre en trombe mais s’achève dans un soupir interminable. Réalisée et coécrite par Olivier Marchal, elle a l’apparence et l’ambiance d’un thriller hollywoodien des années 2000 (jusqu’à la palette de couleurs froides), mais son intrigue maladroite sur la corruption policière étouffe tout sentiment de plaisir. Menée par Victor Belmondo, l’équipe du Squad 36 débute avec une scène de poursuite en voiture sous une pluie battante, alors que l’unité d’élite de la police du titre du film traque un dangereux chef de gang, Karim Mahmoudi (Jean-Michel Correia). Cette séquence se termine par une impasse palpitante, où l’agent infiltré Antoine Cerda (Belmondo) tient Mahmoudi en joue, mais est contraint de le laisser partir plutôt que de se lancer dans une fusillade publique. Alors que les deux se séparent, cela semble promettre plus d’intrigue à venir.
Malheureusement, ce n’est pas le cas. Mahmoudi, bien qu’il soit techniquement un élément de l’intrigue, reste absent pendant une grande partie de la durée de Squad 36, tandis que Cerda enquête sur de nombreuses pistes concernant la mort et la disparition de plusieurs de ses camarades, un an plus tard et après une mutation peu glorieuse vers une autre unité. Le principal problème de cette transition n’est pas tant que Squad 36 change de focus pour se concentrer sur un autre antagoniste principalement invisible qui travaille dans l’ombre et tire les ficelles, mais que la façon dont l’histoire est racontée bloque tout sentiment de dynamisme.
Un manque de mystère et de surprise
Cerda, qui entretient une relation avec sa collègue Hanna (Juliette Dol), a également tendance à se faire tabasser lors de combats clandestins à mains nues. C’est un élément intrigant du personnage, mais à part lui donner une apparence constamment marquée et enflée, cela n’apporte pas grand-chose à sa psychologie. La vie intérieure des personnages semble peu préoccupante dans Squad 36, malgré le fait que l’intrigue se déroule principalement sous la forme de Cerda posant des questions aux gens dont les réponses le conduisent à interroger plus en profondeur d’autres personnes.
Il n’y a que peu de sens du mystère dans cette saga policière, si ce n’est des preuves balistiques qui pointent vers l’implication d’un flic dans plusieurs fusillades récentes. Cerda est animé par une obsession : découvri qui se cache derrière tout cela – les morts et les disparus étaient ses alliés les plus proches, après tout – mais il y a peu de choses pour remettre en question sa vision de lui-même ou sa morale jusqu’à très tard dans les deux heures et quelques de Squad 36.
En attendant, une pléiade d’acteurs français talentueux (comme Yvan Attal et Soufiane Guerrab) font leur apparition pour délivrer des nouvelles à Cerda, lui demander des mises à jour ou simplement assurer au public que les choses bougent ailleurs, loin de l’enquête – tout en promettant que ces parties disparates se rejoindront éventuellement. Plus Cerda s’enfonce dans le trou noir de la corruption, plus il découvre des informations sur ce qui se passe réellement, bien que rien ne soit jamais présenté avec subversion ou surprise. Au moins, Belmondo (le petit-fils de l’emblématique Jean-Paul Belmondo de la Nouvelle Vague française) évolue dans cette intrigue sans grand relief avec un sentiment de contrôle et de retenue, réservant les explosions émotionnelles potentielles pour des moments plus significatifs.
Une série qui manque de souffle malgré son apparence soignée
La ressemblance de Squad 36 avec de nombreux autres procéduraux policiers est à la fois sa plus grande force et sa perte ultime. Sans son apparence superficielle – ses tons froids, sa caméra à l’épaule fluide et son montage qui met l’accent sur l’information plutôt que sur l’émotion – Squad 36 ne progresserait pas aussi facilement, étant donné sa fragilité sous la surface. Sa ressemblance avec de nombreux autres procéduraux policiers est à la fois sa plus grande force et sa perte ultime, car elle laisse peu de place pour la surprise ou le plaisir. La seule fois où elle tente de faire pivoter l’intrigue (et de surprendre), le résultat est un développement climatique qui surgit de nulle part, introduisant un sentiment de cynisme complètement injustifié. Néanmoins, il est difficile de marquer symboliquement un point thématique quand le reste du film a peu de choses à dire.