Au procès de Joël Le Scouarnec, l’enquêtrice épluchant les journaux intimes de l’accusé fond en larmes
Une audition extrêmement douloureuse. C’est ainsi que la présidente de la cour criminelle du Morbihan, Aude Buresi, a qualifié le témoignage de la gendarme qui a réalisé les premières perquisitions au domicile de Joël Le Scouarnec, à Jonzac (Charente-Maritime), lors de son arrestation en mai 2017. Dans cette maison insalubre, à l’odeur de moisi, Nadia M. a notamment découvert et analysé les journaux intimes pédophiles de l’ex-chirurgien digestif, où étaient consignés des centaines de récits détaillés de viols et agressions sexuelles, commis sur ses patients. Des enfants, pour l’immense majorité.
Un témoignage écourté par l’émotion
Dès les premières minutes de sa déposition en visioconférence, la gendarme apparaît fébrile. Lundi, l’avocat général, Stéphane Kellenberger, avait fait savoir qu’elle ne voulait pas déposer face à la cour criminelle du Morbihan, souffrant d’un burn-out lié à l’affaire, dont elle ne s’est manifestement jamais remise. Son certificat médical, cité par le magistrat, évoquait un risque de rechute en cas de réexposition à ces événements. Mais le témoignage de cette enquêtrice, saisie dès les prémices du dossier, apparaissait indispensable aux parties civiles et à la défense, qui ont insisté pour qu’elle dépose.
La gendarme, en arrêt de travail depuis trois ans, parvient à lire les premières lignes de son rapport, s’aidant de quelques gorgées d’eau. Elle revient notamment sur les viols commis par Joël Le Scouarnec sur sa petite voisine de 6 ans, qui, en le dénonçant directement avec ses parents, a permis de mettre un terme aux agissements pédocriminels de l’ancien chirurgien. Mais très vite, Nadia M. chancelle au moment d’aborder les 300 000 photos et les 151 vidéos pédopornographiques retrouvées sur les 27 disques durs et clefs USB saisis sous le matelas de l’accusé. Elle fond en larmes, mais tente de poursuivre, le visage rougi. Avant de craquer de nouveau en évoquant les fichiers baptisés Vulvettes et Quéquettes, dans lesquels le septuagénaire listait ses victimes. La connexion s’interrompt alors soudainement.
Une décision pour préserver la gendarme
À la demande générale, la présidente l’informe par téléphone qu’elle préfère interrompre sa déposition, pour ne pas lui infliger ces souffrances. Les parties civiles, qui l’écoutent depuis l’amphithéâtre qui leur est dédié, sont très affectées. Merci, un grand merci lui est adressé de la part de l’ensemble des victimes, relaie l’avocate Marie Grimaud à la présidente. Celle-ci approche son téléphone portable du micro pour que l’on entende la réponse de la gendarme : c’est gentil : j’aurais voulu leur parler davantage, j’aurais voulu être plus présente, je suis vraiment désolée, articule-t-elle. Sa détresse résonne dans toute la salle d’audience. Et rappelle le chaos semé par Joël Le Scouarnec dans tant de vies.